Le séminaire

Au cœur de l’institution scolaire, deux corps professionnels au travail

Journée de séminaire organisée avec la FORDIF

Buts du séminaire

  1. Mettre en relief divers aspects de la professionnalisation en cours dans les métiers respectivement d’enseignant et de chef d’établissement.
  2. Echanger sur les espaces de rencontre et de collaboration entre ces deux corps professionnels.
  3. Dégager des pistes concrètes pour mieux faire ensemble.

 

La quasi totalité des chefs[1] d’établissement étaient enseignants avant d’embrasser la fonction directoriale. En un été, voire en un week-end, le nouveau directeur passe d’un monde à l’autre avec ou sans formation préalable de cadre scolaire. Cette transition demande à la personne de s’adapter très rapidement à sa nouvelle activité professionnelle, à sa charge de travail et à ses responsabilités inhérentes.

Pour une part importante de son temps de travail, le chef d’établissement dirige et gère le personnel enseignant au quotidien. Sans pouvoir oublier qu’il était lui-même enseignant, il doit apprendre à se distancer de la première profession qu’il a exercée souvent bien quelques années et à laquelle son identité professionnelle reste attachée. Dans sa fonction de dirigeant, il côtoie et collabore avec celui qu’il était auparavant et cette situation n’est pas sans créer des équivoques, des tensions et des contradictions entre professionnels.

Durant cette journée de séminaire de la CLACESO organisée avec la FORDIF, nous allons nous intéresser à deux processus de professionnalisation conjoints qu’il nous paraît très intéressant de mettre en parallèle et en résonance: celui d’enseignant et celui de chef d’établissement. Cet éclairage mutuel devrait nous permettre de mesurer les enjeux de collaboration de ces deux métiers, tout en cherchant à mettre en lumière leurs points de convergence et de divergence.

En effet, si ces deux processus de professionnalisation sont concomitants, ils ne sont pas forcément réalisés dans les mêmes degrés. Ces deux métiers « se parlent-ils » réellement, dans un champ professionnel partagé ? Quels sont les espaces de compétences, de responsabilités, d’autonomie des uns et des autres ? Comment sont-ils définis ? Sont-ils l’objet de consensus, de désaccords, de négociations, de conflits ? Comment appréhender les modalités de collaboration et de « vivre-ensemble » au quotidien, sous l’angle du rapport entre deux corporations en voie de professionnalisation ?

Nous faisons l’hypothèse que la construction de repères communs et de visions partagées, entre enseignants et chef d’établissement, devraient nous aider à appréhender nos réalités professionnelles dans une forme de complémentarité et d’interdépendance permettant à l’école de toujours mieux remplir sa mission.

Pour nous permettre de cheminer dans cette thématique complexe, Maurice Tardif de l’Université de Montréal sera notre invité. Professeur et chercheur en sciences de l’éducation, cet expert du domaine du développement professionnel des métiers qui s’exercent dans le champ éducatif a notamment écrit, avec Claude Lessard, l’ouvrage Le travail enseignant au quotidien qui offre un vaste panorama de l’activité enseignante dans ses multiples dimensions, y compris celles du rapport à la hiérarchie et des attentes vis-à-vis de la direction :

« Au-delà de la question des style d’autorité et de communication, quelles sont les attentes des enseignants face à la direction? Lorsqu’il est question de soutien de la direction, les enseignants interrogés parlent essentiellement de deux choses. Il s’agit d’abord du soutien pédagogique sous différentes formes, à savoir: disponibilités, encouragements, ouverture, collaboration, protection, etc. Inévitablement, les commentaires à ce sujet renvoient aussi à des commentaires sur ce que la direction devrait être et, donc, aux attentes des enseignants à son endroit. » (Tardif & Lessard, Presses Université de Laval, 1999, p. 488).

Dans cette publication, Tardif et Lessard évoquent aussi la place des chefs d’établissement dans l’organisation scolaire, en la situant dans un entre-deux qu’il sera intéressant de questionner :

« […] les directeurs d’école évoluent dans un environnement organisationnel qui définit pour une large part leur territoire de travail, tout en limitant leurs pouvoirs. Leur position se situe à l’interface de deux territoires organisationnels: le territoire administratif et le territoire de l’enseignement. Elle sert en quelque sorte de ciment entre les deux, ce qui est loin d’être confortable. » (ibid., p. 477)

Dès lors, à la conjonction de deux professionnalités distinctes, au croisement des attentes mutuelles, aux confins des fonctions enseignante et directoriale se pose la question de la pédagogie et de son leadership. Qui fait quoi ? Qui est responsable de quoi ? Entre le qui et le quoi, des questions qui résonnent à l’infini…

Pierre-Etienne Gschwind (CLACESO) & David Perrenoud (FORDIF)

[1] Pour faciliter la lecture, le masculin générique est utilisé pour désigner les deux sexes, idem pour les enseignants.